Suppressions de postes au Queensway-Carleton : qui partira, qui restera?

L’hôpital Queensway-Carleton, situé à l’ouest d’Ottawa, a annoncé la suppression nette de 62 postes d’infirmières autorisées, dans le cadre d’une réorganisation plus large de ses effectifs. Dans un communiqué officiel transmis à CBC News le 7 juillet 2026, l’établissement n ’a précisé ni le calendrier des suppressions de postes ni les unités touchées.

Crédit visuel : Félix Arseneau / Directeur artistique

L’hôpital justifie cette décision par un contexte de fortes contraintes budgétaires, marqué par la hausse des coûts liés notamment aux médicaments, aux salaires et à l’énergie. Dans son communiqué, il affirme toutefois qu’« il n’y aura aucune réduction des heures de soins aux patients ».

L’institution, qui emploie plus de 2 700 professionnels de la santé, affirme que cette réorganisation découle d’un examen approfondi de ses dépenses mené au cours de la dernière année. 

L’objectif affiché est de réallouer les ressources en fonction des besoins jugés prioritaires, sans réduire les services aux patients.

Dans les faits, plusieurs zones d’ombre demeurent. Le Queensway-Carleton n’a pas précisé ni le calendrier des suppressions de postes ni les unités touchées. L’établissement indique toutefois privilégier des mesures d’atténuation, comme les transferts internes, le redéploiement du personnel ou les départs volontaires à la retraite, afin de limiter les mises à pied.

Des réactions politiques et syndicales vives

Cette annonce a rapidement suscité de vives réactions, tant du côté des syndicats que des représentants politiques.

Le député provincial de Nepean, Tyler Watt, a qualifié ces réductions d’effectif de « profondément préoccupantes ».  Dans un communiqué publié sur sa plateforme Substack le 8 juillet 2026, il a tenu à préciser que « l’hôpital n’est pas à blâmer » : selon lui, le Queensway-Carleton a passé l’année dernière à chercher des économies et des revenus supplémentaires, et ces compressions sont la conséquence directe d’un sous-financement provincial.

« Doug Ford prétend faire des investissements records dans le système de santé de l’Ontario. La réalité ? Les hôpitaux sont contraints de faire plus avec moins », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, en pointant du doigt le gouvernement Ford.

Pour Erin Ariss, présidente provinciale de l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario (AIIO), ces compressions s’inscrivent dans un problème plus large de sous-financement des hôpitaux ontariens. Selon elle, les établissements sont contraints de réduire leurs effectifs afin d’équilibrer leur budget, alors que le financement provincial ne suit pas la hausse de la demande en soins.

Réduire le nombre d’infirmières et de professionnels de la santé de première ligne constitue une fausse économie

Erin Ariss

La présidente de l’Allo affirme que de nombreuses études associent ces compressions à une augmentation des complications, des réadmissions et même de la mortalité chez les patients.

Une décision à contre-courant de la pénurie

Au-delà du cas précis du Queensway-Carleton, ces suppressions s’inscrivent dans une crise plus large du personnel infirmier en Ontario.

Selon des documents obtenus par La Presse canadienne, l’Ontario aura besoin de 33 200 infirmières supplémentaires d’ici 2032, en plus de celles actuellement en formation.  En 2022, le manque était estimé à 6 000 infirmières ; il est passé à plus de 13 000 en 2024, avant de grimper fortement dans les prochaines années.

L’AIIO souligne que l’Ontario compte seulement 651 infirmières autorisées pour 100 000 habitants, le taux le plus bas au Canada, et accuse un retard de plus de 25 000 infirmières par rapport à la moyenne nationale.  

Par ailleurs, de nombreuses infirmières quittent les postes de soins directs pour des agences à but lucratif, attirées par de meilleurs horaires et une rémunération plus avantageuse, comme le note l’Association des infirmières et infirmiers de l’Ontario

Dans cette perspective, les compressions budgétaires et les suppressions de postes risquent de rendre la profession encore moins attractive, compliquant le recrutement et la rétention.

À court terme, cette réorganisation soulève des inquiétudes quant à sa compatibilité avec la pression croissante sur le système de santé. Si l’hôpital affirme que les soins aux patients ne seront pas affectés, le manque de transparence sur les modalités concrètes de mise en œuvre laisse subsister des incertitudes.

L’hôpital Queensway Carleton (HQC) a ouvert ses portes le 5 octobre 1976, fondé pour une communauté initiale d’environ 100 000 personnes. Il est devenu au fil des ans le seul hôpital complet de l’ouest d’Ottawa, desservant aujourd’hui plus de 500 000 résidents. Source: site web de l’HQC/  Photo de Mike Carroccetto / 
Postmedia

Le Queensway-Carleton maintient néanmoins que cette restructuration vise précisément à préserver la qualité des soins dans un contexte financier contraint. Reste à voir si cet objectif pourra être atteint sans accentuer les tensions déjà présentes dans le réseau de la santé ontarien.

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