
La rédactrice en chef d’ONFR TFO n’a jamais envisagé d’exercer un autre métier que celui de journaliste. Ses conseillers en orientation du secondaire doivent d’ailleurs encore s’en souvenir…Dans une entrevue accordée à La Pépinière, Marie-Lou St-Onge annonce le retour d’une émission d’affaires publiques sur le média francophone public de l’Ontario.
Crédit visuel : ONFR TFO
La Pépinière: comment vivez-vous le défi de diriger une équipe présente dans des grands pôles de l’Ontario ?
Marie-Lou St-Onge : Alors oui, on est un petit peu partout.Ottawa, Toronto et Sudbury. C’est un travail vraiment génial parce que, d’une part, je travaille avec des professionnels. Ils savent ce qu’ils font. Moi, je suis là pour les aider, les soutenir, les guider au besoin et s’assurer qu’on maintient toujours une certaine ligne éditoriale. Évidemment, à ONFR, notre travail, c’est vraiment de parler de la francophonie, et non de tout, comme peuvent le faire d’autres médias. Nous, on a une ligne éditoriale très claire. Mon travail se situe donc davantage à ce niveau-là.
Mais j’adore travailler avec les journalistes parce que, d’abord, je suis moi-même journaliste de profession. J’ai été à leur place pendant très longtemps. Je peux donc répondre à leurs interrogations, à leurs inquiétudes, parce que j’ai plus de 20 ans de métier !
LP: Plus de 20 ans, c’est probablement lorsque vous avez obtenu votre diplôme en journalisme au Collège La Cité. À l’époque, comment imaginiez-vous la suite de votre carrière?
M-S: c’est une bonne question, parce qu’à l’époque, il y a 23 ans, il n’y avait vraiment pas beaucoup d’emplois disponibles. Le marché de l’emploi a énormément changé au fil des ans. À cette époque-là, lorsqu’on obtenait un emploi en journalisme, on le conservait pendant des années. Il y avait donc très peu de roulement.
Réussir à décrocher un poste relevait presque de la loterie.Moi, j’ai été très chanceuse parce que, dès mon stage, on m’a embauchée après seulement deux semaines. Je n’ai donc pas terminé mon stage comme les autres : je l’ai terminé, mais officiellement en tant qu’employée.
J’ai vraiment été choyée, et je savais la chance que j’avais, parce que, dans ma cohorte, tout le monde n’avait pas eu cette opportunité. J’ai donc rapidement sauté à pieds joints dans ce milieu, qui est, je pense, le domaine le plus excitant, le plus motivant et le plus enrichissant que je connaisse. Non, je n’ai jamais regretté ce choix. Jamais.
LP: et si vous n’aviez pas choisi le journalisme, quel autre métier auriez-vous aimé exercer?
M-S: j’ai donné bien des maux de tête aux conseillers d’orientation quand j’étais à l’école secondaire, parce qu’on nous demandait toujours de faire deux choix. Vous savez, quand on est sur les bancs d’école, on est adolescent et on nous dit : « Tu dois avoir un premier choix, mais il te faut aussi un deuxième, au cas où le premier ne fonctionnerait pas. »
Disons que j’étais un peu entêtée. Je leur répondais : « Non, non, il n’y a pas de plan B. Il n’y a pas d’autre choix. Ce sera ça. » Moi, j’ai su que je voulais être journaliste vers l’âge de 12 ans, et je me souviens exactement du moment où je l’ai compris. C’était lors du terrible attentat d’Oklahoma City. Une voiture piégée avait explosé devant un immeuble, faisant malheureusement de nombreuses victimes.
Je me souviens d’avoir regardé les reportages à la télévision avec mon père. Il avait un rendez-vous quotidien avec le bulletin de nouvelles de 18 heures, animé par Bernard Derome. Je trouvais fascinant que mon père, pour qui j’ai un immense respect, interrompt tout ce qu’il faisait pour regarder le téléjournal. Pendant 30 minutes, il écoutait attentivement cette personne, dans la petite boîte, lui raconter ce qui s’était passé dans la journée.
Ça m’a profondément marquée. Je me suis dit : « Un jour, c’est ça que je vais faire. » Et cette idée ne m’a jamais quittée. Alors, je n’ai jamais eu de plan B. Heureusement, ça a fonctionné.
LP: Dans quel média avez-vous commencé votre carrière de journaliste?
M-S: j’ai commencé ma carrière à la télévision. À l’époque, j’étais convaincue que ce serait mon univers. Je m’imaginais même devenir lectrice de nouvelles, comme Bernard Derome.
J’ai fait mes débuts comme journaliste sur le terrain à TVA, au Québec. Puis, j’ai eu l’occasion de découvrir la radio, un média que je connaissais beaucoup moins. J’y ai rapidement pris goût et j’y ai finalement passé environ les deux tiers de ma carrière.
Aujourd’hui, je reviens à la télévision. Ce n’est pas le parcours que j’avais imaginé au départ, mais la vie en a décidé autrement, et j’en suis très heureuse.
LP: ce retour à la télévision, coïncide également avec le grand retour des affaires publiques sur TFO
M-S: effectivement, en septembre, TFO fera un grand retour aux affaires publiques, avec l’émission “ Toute une semaine ! ”. Cela faisait plus de dix ans qu’il n’y avait plus d’émission d’affaires publiques à la télévision francophone de l’Ontario. Nous lançons donc cette émission hebdomadaire de 30 minutes consacrée à tout ce qui touche les Franco-Ontariens et, plus largement, la francophonie canadienne.
L’émission sera diffusée à la télévision, mais aussi sur le web et les réseaux sociaux. Pour moi, cela signifie un nouveau quotidien, entre Ottawa et Toronto. Je souhaite que ce soit un rendez-vous de proximité. Pas de légèreté, mais de proximité. L’objectif est d’aider les gens à mieux comprendre l’actualité, les décisions qui les touchent, ainsi que les enjeux politiques, économiques et sociaux. Les nouvelles défilent très vite et il est facile de perdre le fil. Cette émission prendra le temps d’expliquer, d’analyser et de mettre les événements en contexte.
J’espère qu’elle répondra à un besoin partagé : celui de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons afin d’être des citoyens bien informés.
LP: Quand vous allez à la rencontre des gens, votre façon de communiquer semble très naturelle. On ressent une grande proximité et beaucoup d’authenticité. En 23 ans de carrière, vous avez fait d’innombrables rencontres. En quoi ces échanges ont-ils marqué votre parcours, tant sur le plan personnel que professionnel ?
M-S: C’est le genre de question avec laquelle j’ai beaucoup de difficulté, parce qu’à un moment donné, j’ai essayé de calculer le nombre d’entrevues que j’avais réalisées au cours de ma carrière. Si je fais une estimation, en prenant une moyenne d’environ quatre entrevues par jour, cinq jours par semaine pendant 23 ans… Non, c’est impossible à comptabiliser.
Mais je pense qu’il y a un fil conducteur dans toutes ces rencontres : j’aime rencontrer les gens, comprendre d’où ils viennent et découvrir leur histoire. Je crois profondément qu’en tant qu’humains, on grandit beaucoup à travers les échanges avec les autres. J’ai donc la chance de faire ce que j’aime : rencontrer des personnes aux parcours et aux horizons très différents, discuter avec des gens auxquels on n’aurait pas nécessairement accès autrement. Je trouve ça extraordinaire.
Je me souviens notamment d’une neurochirurgienne qui m’avait beaucoup marquée. J’ai énormément de respect pour les gens qui travaillent en médecine, tout comme pour ceux qui œuvrent en politique. Dans ma tête, je l’avais un peu placée sur un piédestal : je la trouvais impressionnante, presque inaccessible. Puis, lorsqu’on s’est rencontrées, j’ai découvert une personne avec qui j’ai eu une discussion très simple et très humaine. À la fin de l’entretien, elle m’a dit quelque chose qui m’a beaucoup touchée : pour elle, mon métier d’animatrice était aussi impressionnant que son métier l’était pour moi.
C’est là que j’ai réalisé qu’on n’est pas toujours conscients que chacun d’entre nous peut être impressionné par quelqu’un ou par quelque chose. Derrière chaque titre, chaque fonction ou chaque position sociale, il y a avant tout un être humain avec une histoire.
LP: est-ce que cette curiosité pour les parcours humains et ces rencontres avec les autres ont été parmi les éléments qui vous ont motivée à animer le balado Si les routes avaient des oreilles sur TFO?
M-S: Oui, absolument. L’idée derrière le balado, c’est aussi de faire entendre les voix des francophones de partout en Ontario. Et si vous n’avez jamais parcouru la province, sachez qu’il y a des francophones presque partout. C’est incroyable, c’est magique, c’est beau.
Les Franco-Ontariens et les Franco-Ontariennes sont fiers de leur langue, et pour nous, il était essentiel de les mettre de l’avant.
À cela s’ajoute le fait que j’aime profondément rencontrer les gens. Dans mon parcours professionnel, j’ai souvent réalisé des entrevues de six ou sept minutes sur des sujets d’actualité. Il faut poser les bonnes questions, clarifier certains enjeux et aller à l’essentiel, mais le temps est limité. Avec ce balado, on prend plutôt 30 minutes pour rencontrer des personnes, pas nécessairement des représentants d’organisations ou des personnalités connues, mais des gens qui vivent l’actualité, parfois même qui en subissent les conséquences.
Par exemple, dans le balado, on rencontre Denis, un homme extraordinaire et très attachant. Denis, comme son père et son fils, a consacré toute sa vie à l’industrie automobile. De mon côté, je n’ai jamais travaillé dans une usine automobile, alors j’ai parfois de la difficulté à mesurer ce que représentent concrètement les fermetures d’usines, les mises à pied ou les décisions économiques qui touchent les travailleurs. Rencontrer Denis, entendre son parcours et comprendre sa réalité comme travailleur de l’industrie automobile, c’est exactement ce qui rend ce balado si intéressant.
J’aime dire qu’on est à la croisée de tout ce qui me passionne : les gens et l’information. C’est vraiment un immense plaisir de faire ce balado.
LP: une belle synchronisation! Que représente donc la Francophonie ontarienne pour vous ?
M-S: Oh mon Dieu, beaucoup de choses me viennent en tête. Quand je pense à la francophonie ontarienne, les premiers mots qui me viennent sont : la fierté, l’appartenance et la pluralité. La francophonie ontarienne est plurielle. Il y a tellement de francophones qui contribuent à maintenir la vitalité de cette langue en Ontario. C’est un peu tout ça à la fois. J’aime beaucoup parler aussi du sentiment d’appartenance à cette francophonie. Le drapeau franco-ontarien, certains pourraient penser que ce n’est qu’un simple symbole, mais c’est tellement plus que ça. C’est un repère identitaire.
Quand on voit flotter ce drapeau dans un petit village éloigné du Nord de l’Ontario, il y a quelque chose qui s’allume en nous. On ressent une fierté, une petite étincelle. On se dit : « On n’est pas seuls, il y en a d’autres. »
Cette force collective et cette capacité à se rassembler autour de la langue, je trouve ça magnifique. C’est tout à l’honneur des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes d’avoir développé un sentiment d’appartenance aussi fort envers leur francophonie.
LP: vous êtes mère d’un adolescent et d’une adulte qui est journaliste, tout comme votre conjoint d’ailleurs. J’ai envie de vous demander : comment votre fils arrive-t-il à composer avec cette petite salle de nouvelles à domicile?
M-S: Ah, le plus jeune! Il ne donne pas sa place. Mais en même temps, pour nous, c’est notre quotidien. Nos enfants ont grandi dans cet environnement-là. Avec le recul, ce qu’on réalise, c’est que vivre dans une maison où il y a deux journalistes fait en sorte qu’au souper, on parle naturellement de ce qui se passe dans la société. On raconte notre journée, on discute de l’actualité, des enjeux qui nous entourent.
Je pense que l’impact que cela a eu sur nos enfants, c’est surtout de valoriser la curiosité et le désir d’apprendre. Parce qu’au fond, ce qui motive les journalistes, c’est de comprendre les choses et de les transmettre aux autres. C’est quelque chose qu’on voit dans leurs yeux : quand ils découvrent une information, quand ils apprennent quelque chose de nouveau, ils sont passionnés.
Avec mon conjoint, on a réalisé que, sans même s’en rendre compte, on avait transmis à nos enfants cet amour de la connaissance et cette envie d’apprendre. Et ça, c’est merveilleux. J’entends souvent des parents dire qu’ils doivent se battre avec leurs enfants pour les devoirs. Chez nous, ça n’a jamais été un enjeu, parce que l’apprentissage n’a jamais été perçu comme une punition. Au contraire, c’était un plaisir.
À l’heure du souper, mes enfants arrivent parfois avec une nouvelle découverte : « Saviez-vous ça? Non? Attendez, je vais vous expliquer! » Et c’est souvent comme ça que nos discussions commencent.

Mai 2021 : Marie-Lou et sa famille célèbrent la réouverture des terrasses pendant la pandémie de COVID-19. Source: facebook
LP: justement, en parlant d’apprentissage, vous êtes aussi enseignante au Collège La Cité. Est-ce que les étudiants auront encore la chance de vous retrouver en classe cet automne?
M-S: Malheureusement, non. Je ne pourrai pas donner de cours cet automne. Évidemment, avec le lancement de l’émission “Tout une semaine!”, j’ai essayé de trouver une façon de concilier les deux, mais je vais devoir prendre une pause.
Cela dit, mon bureau à Ottawa est au Collège La Cité, alors je vais inévitablement continuer à côtoyer les étudiants. Je vais certainement aller les voir chaque année, participer à quelques cours ici et là, parce que pour moi, c’est très important de contribuer à la formation de la relève. J’ai moi-même eu des professeurs qui ont joué un rôle essentiel dans mon parcours, des mentors qui m’ont transmis leur expérience. Et ce qui est formidable, après coup, c’est de pouvoir recroiser ces personnes dans le milieu professionnel.
LP: comment arrivez-vous à concilier votre vie personnelle et professionnelle?
M-S: Un jour, quelqu’un m’a dit : « Il faut arrêter de chercher l’équilibre. Il faut plutôt apprendre à gérer le déséquilibre. » Pour moi, ça a été une grande révélation.
On pense souvent qu’il faut accorder exactement la même quantité de temps au travail, à la famille, aux amis et à toutes les sphères de notre vie. Mais c’est impossible. D’une semaine à l’autre, certaines priorités prennent naturellement plus de place. Par exemple, il y a des moments où les enfants auront davantage besoin de nous, alors qu’à d’autres moments, le travail demandera plus d’énergie. J’aime donc mieux parler de déséquilibre, parce qu’il faut accepter que tout ne soit pas parfaitement équilibré en permanence.
Cela dit, je crois qu’il est essentiel de se réserver du temps pour soi et pour les choses qui comptent vraiment. Il faut apprendre à éliminer le superflu et à se concentrer sur l’essentiel. Pour moi, ce qui me permet de me ressourcer, c’est avant tout ma famille : mon conjoint et mes enfants. C’est mon socle. Une fois qu’on sait ce qui est vraiment important pour nous, le reste devient plus facile à gérer.

