« Les boissons énergisantes sont devenues un support nécessaire pour plusieurs jeunes » 

Pour Julien Hodge, président du Club Opti-Jeunesse des Jeunes Adultes (COJA), la question des boissons énergisantes dépasse largement celle de la caféine. Derrière ces canettes colorées se cachent des enjeux de santé, de sommeil, de réussite scolaire et de bien-être.

Crédit visuel: Julien Hodge

LP: Que pensez-vous de l’adoption, par le Québec, de la loi interdisant la vente des boissons énergisantes aux adolescents?

JH : Bien que je ne sois pas expert en médecine, je fais confiance aux élus et aux spécialistes qui ont appuyé cette décision sur des données scientifiques. Cette loi représente, à mes yeux, une avancée importante pour protéger les jeunes des effets néfastes des boissons énergisantes, notamment sur leur santé et leur sommeil. Comme c’est déjà le cas pour l’alcool, le tabac et d’autres produits à risque, il semble logique d’encadrer leur accès. Reste toutefois à voir comment la mesure sera appliquée et si d’autres actions seront mises en place pour s’attaquer aux causes de leur popularité croissante chez les adolescents.

LP: Observez-vous une consommation importante de boissons énergisantes chez les jeunes que vous accompagnez? 

JH : Surtout dans le milieu postsecondaire, mais de plus en plus aussi dans les écoles secondaires, les boissons énergisantes semblent faire partie des habitudes quotidiennes de nombreux jeunes. Bien souvent, cela signifie qu’ils consomment plus d’une boisson par jour et qu’ils en viennent à dépendre de ces produits.

LP: À votre avis, quelles sont les raisons qui poussent les adolescents à consommer ces produits? 

JH : Personnellement, je suis capable de mener une vie étudiante en consommant très peu de produits contenant de la caféine, à l’exception du thé vert. Cependant, pour plusieurs, la caféine, particulièrement sous forme de boissons énergisantes combinées au café, constitue un « soutien nécessaire » leur permettant de suivre le rythme d’une lourde charge scolaire, d’un emploi à temps partiel, d’activités bénévoles destinées à renforcer leur candidature à des programmes de deuxième cycle, de l’exercice physique, tout en assumant leurs responsabilités familiales et en maintenant une vie sociale. L’augmentation constante des attentes envers les adolescents et les jeunes adultes crée une pression considérable pour exceller dans tous les domaines : obtenir de meilleures notes, enrichir leur CV et même projeter une image attrayante sur les réseaux sociaux. De plus, des entreprises comme Monster Beverage Corporation ont mené des campagnes publicitaires qui contribuent à rendre les boissons énergisantes attrayantes, voire « cool », aux yeux d’une partie des jeunes Canadiens. Pour certains, la consommation de ces produits est même devenue un élément de leur identité.

LP: Les jeunes sont-ils suffisamment informés des risques liés à ces boissons? 

JH: Cela fait plusieurs années que j’ai suivi un cours de santé au secondaire, mais, selon mon expérience personnelle et les échanges que j’ai eus avec des jeunes que j’accompagne dans le cadre de divers projets du COJA, le programme scolaire en fait peu pour sensibiliser les élèves aux dangers des boissons énergisantes. Par ailleurs, les informations véhiculées sur TikTok et Instagram sont souvent peu fiables. Quant aux produits eux-mêmes, ils ne communiquent pas efficacement les risques liés à leur consommation. Au contraire, ils misent fréquemment sur des emballages aux couleurs attrayantes et sur des stratégies de marketing particulièrement séduisantes pour les jeunes.

LP: Pensez-vous que cette interdiction sera efficace pour réduire la consommation chez les adolescents? 

JH : Honnêtement, je ne sais pas. Toutefois, si la stratégie se limite à restreindre les transactions commerciales et à imposer des amendes, sans s’attaquer aux difficultés auxquelles les jeunes sont confrontés, la loi pourrait réduire quelque peu la consommation, tout en stigmatisant un produit dont plusieurs d’entre eux dépendent actuellement. Par ailleurs, la popularité du vapotage chez de nombreux adolescents soulève des doutes quant à l’efficacité des interdictions visant les produits jugés nocifs dans notre région.

LP: L’Ontario devrait envisager une mesure similaire? 

JH : Je crois que la mise en place de stratégies gouvernementales visant à réduire le nombre de jeunes qui consomment des boissons énergisantes pourrait avoir un impact significatif sur la santé des adolescents d’aujourd’hui et celle de la population de demain. Toutefois, j’espère que, si l’Ontario décide de s’attaquer à ce problème, une approche globale sera privilégiée et que la voix des jeunes sera prise en compte à chaque étape du processus décisionnel.

LP: Quel rôle les organismes communautaires comme le COJA peuvent-ils jouer dans l’éducation des jeunes sur les habitudes de vie saines? 

JH : Sans expertise médicale, le COJA n’est pas le mieux placé pour formuler des recommandations en matière de saines habitudes de vie destinées aux jeunes. Toutefois, en créant des occasions de développer des compétences en gestion du temps, en établissement des priorités et en travail d’équipe, tout en aidant les jeunes à découvrir leurs passions dans un environnement positif, nous espérons contribuer à réduire les pressions qui les poussent vers des habitudes de vie malsaines. Par ailleurs, des organismes dirigés par des jeunes, comme le COJA, peuvent veiller à ce que la voix de la jeunesse occupe une place importante dans les décisions systémiques qui influencent sa santé et son bien-être.

LP: Entre la liberté de choix des jeunes et la protection de leur santé, où devrait-on tracer la ligne? 

JH : Sans les immenses pressions auxquelles sont confrontés de nombreux jeunes, ainsi que les milliards de dollars investis par l’industrie des boissons énergisantes en marketing, très peu d’entre eux — voire aucun — choisiraient de consommer ces produits, même dans un contexte de liberté totale. Du point de vue gouvernemental, je crois qu’il est important d’évaluer notre système d’éducation ainsi que les autres facteurs de pression qui poussent les jeunes vers la consommation de boissons énergisantes, tout en les protégeant des effets les plus nocifs de produits dont la consommation demeure autorisée pour les adultes.

À la suite de l’adoption de la nouvelle loi québécoise, Julien Hodge plaide pour une approche qui protège les jeunes tout en tenant compte des réalités auxquelles ils sont confrontés.

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