Le Comité consultatif sur les changements climatiques estime que le Québec doit repenser son système de mobilité afin de réduire sa dépendance à l’automobile individuelle.
Crédit visuel : Félix Arseneau / Directeur artistique
Selon l’inventaire québécois des émissions de gaz à effet de serre (GES), les transports demeurent la principale source d’émissions de la province. En 2023, ce secteur représentait 44,8% du total des émissions québécoises.
Derrière ces chiffres se cache toutefois une réalité complexe. Au Québec, la voiture est souvent bien plus qu’un simple moyen de transport. Pour de nombreux citoyens, particulièrement en banlieue et en région, elle demeure une nécessité. Dans ces conditions, est-il réellement possible de réduire la dépendance des Québécois à l’automobile ?
Un territoire qui favorise l’automobile
Avec une superficie de près de 1,7 million de km², le Québec est l’une des plus vastes provinces du Canada. Les distances entre les lieux de résidence, d’emploi et de services peuvent être importantes. Même dans les zones urbanisées, l’étalement urbain a progressivement éloigné les lieux de vie des centres d’activité.
Depuis les années 1960, le développement du réseau routier a accompagné l’expansion des villes et des banlieues. Les zones commerciales, industrielles et résidentielles ont souvent été conçues pour être accessibles principalement en voiture.
Les centres commerciaux, les parcs industriels et de nombreux quartiers périphériques reposent encore sur cette logique. Une fois ces infrastructures en place, il devient difficile et coûteux de les transformer. Réduire la place de la voiture implique donc de repenser l’aménagement du territoire.
Des alternatives inégales selon les régions
L’accès aux solutions de remplacement varie fortement selon les territoires. Dans plusieurs régions, les services de transport collectif sont rares, peu fréquents, voire inexistants.
Cette situation oblige certains habitants à posséder un véhicule pour accéder à l’emploi, aux soins ou aux services essentiels.
Résidant dans la région de Québec, Mme Carole Vaudry explique utiliser sa voiture quotidiennement, notamment parce que « la distance n’est pas faisable à pied ou à vélo dans un temps raisonnable ». Selon elle, les alternatives demeurent limitées et les déplacements en transport collectif nécessitent plusieurs heures de trajet.
Cette réalité se retrouve également ailleurs dans la province. À Buckingham, en Outaouais, Priscilia Kadima, une mère de famille affirme que l’automobile demeure indispensable à son quotidien. Bien qu’un autobus desserve son secteur, celui-ci passe généralement une fois par heure.
« Si je prends le bus, cela double le temps de mon trajet », explique-t-elle.
Selon Mme Kadima, l’éloignement du Rapibus et la faible fréquence des transports en commun constituent des obstacles majeurs à la réduction de l’usage de la voiture.
Interrogée sur les solutions qui pourraient encourager les citoyens à délaisser leur véhicule, elle estime qu’un meilleur accès au Rapibus ainsi qu’une augmentation de la fréquence des autobus, notamment pour les étudiants, seraient nécessaires. Dans sa situation personnelle, elle ne croit toutefois pas pouvoir réduire sa dépendance à l’automobile.
« J’ai deux enfants à la garderie et je travaille au centre-ville. J’arriverai jamais à temps », souligne-t-elle.
Si cette situation est fréquente dans plusieurs secteurs ruraux ou périurbains, les grands centres urbains offrent généralement davantage d’options.
Dans les grandes villes, particulièrement à Montréal, le réseau de transport collectif est plus développé, avec le métro, les trains de banlieue et un important réseau d’autobus. Le transport actif, notamment la marche et le vélo, y occupe également une place croissante.
Cependant, même dans la métropole, ces solutions connaissent leurs limites. La desserte demeure inégale dans certaines banlieues et les déplacements peuvent nécessiter plusieurs correspondances. Pour certains travailleurs, la voiture reste donc la solution la plus rapide et la plus flexible.
Des véhicules plus imposants
La dépendance à l’automobile s’accompagne également de la popularité des VUS et des camionnettes. Plus lourds et généralement plus énergivores que les petites voitures, ces véhicules contribuent à alourdir le bilan environnemental du secteur des transports.
Les conditions hivernales, le sentiment de sécurité, le confort ou les besoins familiaux peuvent expliquer une partie de cette popularité. Toutefois, selon le Comité consultatif sur les changements climatiques, l’électrification ne suffira pas à elle seule si le nombre de véhicules et les distances parcourues continuent d’augmenter.
Le coût de la dépendance automobile
La voiture représente pourtant une dépense importante pour les ménages. À son prix d’achat s’ajoutent le carburant ou l’électricité, les assurances, l’entretien et les réparations.
Malgré ces coûts, de nombreux ménages continuent de privilégier l’automobile. Ce choix s’explique notamment par les limites des autres modes de déplacement, comme les horaires contraignants, les correspondances multiples, ou encore la fréquence insuffisante et la couverture incomplète du territoire.
Pour plusieurs Québécois, la question n’est donc pas simplement de savoir s’ils souhaitent moins utiliser leur voiture, mais s’ils peuvent réellement s’en passer.
Comment réduire la dépendance à l’automobile ?
Face à ces défis, plusieurs leviers peuvent être envisagés. Le développement des véhicules électriques demeure une partie de la solution pour réduire les émissions. Toutefois, remplacer les voitures à essence par des modèles électriques ne suffit pas à réduire le nombre de véhicules sur les routes.
Une diminution réelle de la dépendance automobile nécessite aussi le développement du transport collectif et actif ainsi qu’une meilleure planification du territoire. La densification des milieux de vie autour des services et des réseaux de transport pourrait notamment réduire les distances à parcourir.
Le covoiturage, l’autopartage, les stationnements incitatifs, l’amélioration des réseaux cyclables et le télétravail peuvent également compléter ces solutions.
Réduire la dépendance automobile dépasse donc les choix individuels. Demander aux Québécois de moins utiliser leur voiture ne peut fonctionner que si des solutions accessibles, fiables et adaptées à leur réalité leur sont offertes. Et si le Québec souhaite réellement réduire le nombre de véhicules sur ses routes, il devra d’abord permettre aux citoyens de faire autrement.
