Produits enrichis en protéines : besoin nutritionnel ou stratégie marketing? 

Des yogourts aux céréales, en passant par les boissons, les poudres et les barres protéinées, les aliments enrichis en protéines envahissent les rayons des supermarchés. Présentés comme des choix santé, ces produits connaissent un succès grandissant auprès des consommateurs. Face à cet engouement, une question se pose : Ces produits répondent – ils à un besoin nutritionnel ou est-ce une simple stratégie marketing ?

Crédit visuel : Félix Arseneau / Directeur artistique

Une popularité qui ne cesse de croître 

Au Canada, les produits enrichis en protéines reçoivent plus d’attention. Les emballages affichent fièrement des mentions comme « riche en protéines », « haute teneur en protéines » ou « 20 g de protéines par portion », laissant croire qu’ils sont automatiquement meilleurs pour la santé. 

Selon un article publié par le Bureau du scientifique en chef du Québec, cette popularité s’explique notamment par l’intérêt grandissant des consommateurs pour les protéines et leurs bienfaits présumés sur la satiété, la perte de poids et le développement musculaire. L’industrie alimentaire répond donc à cette demande en lançant une multitude de nouveaux produits enrichis. 

Pourtant, les experts rappellent que l’ajout de protéines n’améliore pas nécessairement la qualité nutritionnelle globale d’un aliment.

Les Canadiens consomment-ils déjà assez de protéines ? 

Selon Santé Canada, les adultes de 19 ans et plus devraient consommer environ 0,8 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel chaque jour. À titre d’exemple, une personne de 70 kg a besoin d’environ 56 grammes de protéines quotidiennement. 

Dans la population occidentale, la consommation moyenne de protéines dépasse généralement les recommandations.

Aisling Pigott, Nutritionniste 

Les besoins quotidiens sont généralement comblés grâce à une alimentation variée comprenant des produits laitiers, des œufs, de la viande, du poisson, des légumineuses, du tofu ou encore des noix. 

Des besoins différents selon les groupes de la population 

Cela ne signifie toutefois pas que tout le monde possède les mêmes besoins en protéines. 

Une étude réalisée en 2015 par le Guide alimentaire canadien, auprès de plus de 13 000 Canadiens, révèle que les personnes âgées sont davantage à risque de ne pas atteindre les apports recommandés en protéines. Avec le vieillissement, les muscles perdent naturellement de leur masse, ce qui augmente les besoins afin de préserver la force et l’autonomie. 

Santé Canada met d’ailleurs en avant le fait que les femmes enceintes, les personnes malades ou en convalescence, ainsi que les athlètes, peuvent avoir besoin de plus de protéines en fonction de leur situation. 

Ces différences démontrent que les recommandations devraient être adaptées selon l’âge, le niveau d’activité physique et l’état de santé plutôt que de s’adresser à l’ensemble de la population de la même façon. 

L’effet du marketing sur les consommateurs

Les spécialistes s’entendent pour dire que le marketing joue un rôle important dans la popularité des aliments protéinés. 

Les emballages qui mettent en évidence une « haute teneur en protéines » peuvent donner l’impression trompeuse qu’ils sont automatiquement plus sains. Cette stratégie influence la perception des consommateurs et crée un effet de notoriété autour des protéines. 

Source: Made-in-China.com

Selon le Bureau du scientifique en chef, cette valorisation peut amener certains consommateurs à croire qu’ils manquent de protéines alors que ce n’est généralement pas le cas. 

Attention aux aliments ultra-transformés 

L’ajout de protéines ne rend pas automatiquement un produit nutritif. 

Plusieurs aliments enrichis en protéines demeurent des produits ultra-transformés pouvant contenir des quantités importantes de sucre, de sodium, de gras saturés ou d’additifs alimentaires. 

Selon l’Agence Science-Presse, certaines barres de granola protéinées, biscuits, desserts et collations enrichis en protéines font partie des produits à consommer avec modération. Car malgré leur teneur élevée en protéines, leur valeur nutritive globale est parfois inférieure à celle d’aliments simples et peu transformés. 

Les experts recommandent donc de lire attentivement le tableau de la valeur nutritive et la liste des ingrédients plutôt que de se fier uniquement aux mentions inscrites sur le devant de l’emballage. 

Des aliments naturels souvent plus avantageux 

Pour combler ses besoins quotidiens, les spécialistes recommandent d’abord de privilégier les aliments naturellement riches en protéines. 

Le yogourt grec nature, le fromage cottage, les œufs, le poisson, les légumineuses, le tofu, les noix ou encore le lait offrent souvent une excellente quantité de protéines sans contenir autant d’ingrédients ajoutés que plusieurs produits transformés.  

Si les protéines sont cruciales pour le bon fonctionnement du corps, les experts rappellent que la plupart des Canadiens en consomment déjà suffisamment. L’engouement actuel autour des produits enrichis semble donc être alimenté autant par les stratégies marketing que par de réels besoins nutritionnels.

Laisser un commentaire

La Pépinière

La relève des médias francophones de l'Ontario

En savoir plus sur La Pépinière

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture